En cette Journée internationale des femmes, je suis honorée qu’on m’offre cet espace pour envoyer un message d’espoir aux plus jeunes : être une femme et faire carrière en recherche, en 2021, est un privilège autant qu’une possibilité. En témoignent mon expérience et celle de plusieurs de mes consœurs à Sainte-Justine et ailleurs. De nos jours, faire sa place dans ce milieu historiquement masculin n’est plus un rêve inaccessible. Il suffit d’y croire et de saisir les opportunités qui s’invitent sur le chemin.

Je suis neuropsychologue de formation. Depuis le cégep, j’ai toujours eu un penchant naturel pour les sciences. Or, ce n’est qu’en fin de parcours académique, en plein cœur de mon postdoctorat, que la recherche s’est vraiment imposée à moi.

Il faut dire que c’est un milieu qu’on ne découvre véritablement qu’une fois les deux pieds dedans. Considérée de l’extérieur, la recherche peut paraître bien obscure, abstraite. Elle vient aussi avec son lot de stéréotypes encore plutôt répandus de nos jours, voulant que le chercheur ou la chercheuse n’ait d’autre vie que sa carrière en raison de la grande compétitivité avec laquelle ils et elles doivent composer pour se démarquer, obtenir des fonds.

Ma perspective est beaucoup plus positive. Je l’ai développée au fil de mes années d’études et au début de ma carrière. Sur les bancs d’université, je m’orientais d’abord vers les soins, mais une bourse m’a emmenée à poursuivre un postdoctorat à Melbourne, en Australie. C’est là que ma passion pour la recherche s’est véritablement affirmée.  

Un peu plus d’une décennie plus tard, je me sens choyée d’évoluer dans ce milieu. Je façonne ma vie professionnelle à ma manière, en dehors des idées reçues, en suivant mes valeurs.

Je suis aussi la mère de 3 jeunes enfants, et je vois comme un grand avantage de pouvoir jouir d’une flexibilité d’horaire qui me permet d’être entièrement disponible pour eux, souvent à des moments de la journée où d’autres ne peuvent pas se permettre de quitter le bureau.

En 2021, les conditions ont grandement évolué pour les femmes qui poursuivent une carrière en recherche. Non seulement sont-elles plus nombreuses, mais leur présence est dorénavant considérée comme une norme. Elles reçoivent davantage de reconnaissance et occupent des postes plus importants.  Surtout, elles sont plus rapidement éveillées à leur passion, dès le primaire et le secondaire, où des programmes sont maintenant déployés pour ouvrir leurs horizons et stimuler leur intérêt.   

Tout ça est possible parce que d’autres avant nous ont défriché le terrain. Elles sont tellement nombreuses à avoir inspiré mon parcours!

Je pense à Vicki Anderson, ma superviseure de postdoctorat, une chercheuse reconnue internationalement en neuropsychologie de l’enfant. Elle occupe un rôle de leadership important dans son institution. Elle est aussi une mère de famille qui a percé à un moment où la place des femmes en recherche était beaucoup moins évidente qu’aujourd’hui.

Je pense aussi à Brenda Milner, une neuropsychologue de l’Institut-hôpital neurologique de Montréal. C’est une pionnière et fondatrice du domaine ayant grandement contribué à l’évolution des connaissances sur le cerveau humain. Âgée aujourd’hui de 102 ans, elle est demeurée active dans la communauté scientifique toute sa vie.

Finalement, plus près de moi, je pense à mon équipe de travail. Nous sommes 23 personnes dans un laboratoire composé principalement de jeunes femmes. C’est une chose d’avoir des mentors, mais les plus jeunes aussi peuvent inspirer. Je suis si fière de les voir évoluer!

À celles qui suivront le même chemin que nous toutes, j’aimerais dire : croyez en vous.

Je reste persuadée qu’il y a autant de modèles de chercheuses qu’il y a d’individus! On n’a pas à entrer dans le moule d’un autre, on peut créer la carrière, le labo et l’équipe qu’on veut, et donner à tout cela une couleur qui nous ressemble. Écoutez votre passion, saisissez les opportunités… et foncez!

Miriam Beauchamp

*Pre Miriam Beauchamp est neuropsychologue et chercheuse. Ses travaux visent notamment à mieux comprendre le développement cognitif et social de l’enfant et les conséquences d’atteinte au cerveau (commotions cérébrales et traumatismes crâniocérébraux).

Les propos tenus dans cet article n’engagent que la personne signataire et ne doivent pas être considérés comme étant ceux de la Fondation CHU Sainte-Justine.

Merci de donner du poids à leurs idées

Merci à tous les donateurs dont le précieux soutien contribue à propulser la carrière et les passions de chercheuses comme la Pre Miriam Beauchamp! En donnant du poids à leurs idées, vous leur donnez le pouvoir d’atteindre leurs plus grands rêves.

Comme elles, d’autres se succéderont au CHU Sainte-Justine pour emmener les soins pédiatriques toujours plus loin, et pour prolonger cette lignée de femmes influentes et bâtisseuses qui, depuis Irma LeVasseur et Justine Lacoste-Beaubien, font la fierté de l’institution.

Quelques-unes des chercheuses inspirantes dont vous soutenez la carrière au CHU Sainte-Justine

  • Pre Sylvie Girard est chef adjointe de l’axe Pathologies foetomaternelles et néonatales au Centre de recherche du CHU Sainte-Justine. Elle et son équipe travaillent entre autres à identifier quels sont les bébés à risque de maladies neurodéveloppementales et quels sont les effets des pathologies maternelles sur le placenta, le bébé et la mère.
  • Dre Laurence Ducharme-Crevier est pédiatre-intensiviste et chercheuse. Ses recherches portent principalement sur le rôle que joue le sommeil aux soins intensifs et ses effets sur la récupération. En parallèle, elle mène aussi un projet sur la variation du rythme cardiaque dans un objectif de prévention des injures secondaires.
  • Pre Patricia Conrod est psychologue et chercheuse. Possédant notamment une expertise en développement du cerveau des adolescents, en prévention et en dépendance, elle concentre entre autres ses recherches sur les facteurs de risque d’ordre biologique, personnel et cognitif associés au développement et à l’entretien de la toxicomanie.

© Marc-Antoine Charlebois (photo d'entête)