Si je suis entrée dans le monde de la philanthropie par un heureux hasard, c’est par conviction que j’y évolue depuis bientôt sept ans. Sept années qui m’ont permis de découvrir la puissance inouïe de l’ensemble. L’effet de levier indispensable de l’apport collectif à la société évolutive que nous rêvons et construisons quotidiennement.

La philanthropie est un puissant moteur qui fait partie de l’héritage culturel et familial de nos voisins du sud et canadiens. Fort heureusement pour nous, cette culture s’enracine de plus en plus dans nos mœurs et se démocratise à grands pas. Ça tombe à point, car plus que jamais, elle sera centrale à la suite de notre histoire.

En pleine crise environnementale et à peine sorti de l’épreuve mondiale de la COVID-19, le monde retient son souffle en suivant attentivement l’évolution d’une guerre à glacer le sang. Les temps sont durs pour l’homme. Pour l’humanité. Plus que jamais, l’union fera la force.

Nous avons le devoir de nous unir, de nous mobiliser pour créer un monde meilleur. L’altruisme ne sera pas la seule réponse au futur que nous souhaitons léguer aux prochaines générations, mais assurément l’un des éléments incontournables de cet avenir. Les causes sont nombreuses et pour la plupart, essentielles à l’essor de notre société.

Le travail collectif, le maillage des idées nouvelles, l’unification des visions. Nous devrons avoir le courage de penser autrement, de créer de nouvelles voies de collaboration et d’innovation afin de faire émerger l’espoir et la beauté dans le monde en pleine mutation dans lequel nous vivons. La générosité de cœur tout autant que financière seront preuve d’amour et legs inestimable pour nos enfants, qui nous regardent aller et comptent sur nous.

Pour ma part, bien qu’impliquée auprès de plusieurs causes, mes efforts des prochaines années seront principalement dédiés à la cause de la santé des enfants du Québec et plus largement, du Canada.

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Je suis entrée à la Fondation CHU Sainte-Justine par la porte des communications. Cette voie privilégiée m’a permis de rencontrer en toute intimité les équipes soignantes et les familles suivies à Sainte-Justine et de prendre conscience de l’impact inouï et concret de la philanthropie sur leur vie. C’est tangible, souvent grandiose et surtout, indispensable.

En nos murs, la générosité des donateurs prend la forme d’équipements de pointe, de recrutements de talents, de projets de recherche innovants et beaucoup plus encore. Tous les jours, de petites et grandes victoires naissent dans les yeux de nombreuses familles, et ce, toujours davantage, année après année. Car la médecine évolue à un rythme fulgurant et les avancées sont exponentielles. Mais malgré tous les grands succès, l’impensable survient encore. Trop souvent. Et l’impensable, je l’ai rencontré. Plus d’une fois malheureusement…

Je l’ai rencontré par l’intermédiaire de familles que j’ai eu le privilège de côtoyer dans le cadre de mon travail et qui ont injustement vu leur histoire court-circuitée par la maladie. Les circonstances m’ont amenée à développer une relation de plus grande proximité avec l’une d’elles. Une famille particulièrement touchante qui m’a fait une place d’honneur jusque dans les derniers instants de vie de la merveilleuse Joanna, une belle adolescente de 16 ans, prisonnière d’une récidive de cancer.

Chaque semaine à l’été 2019, je la visitais dans sa chambre plongée dans la pénombre. J’ai été happée par l’ambiance sereine qui régnait jour après jour dans la pièce et par la bienveillance et la douceur des soignants qui accompagnaient Joanna vers la fin de sa courte vie. Mais c’est réellement par les propos empreints de sagesse, par la résilience et par la grandeur d’âme de Joanna que j’ai été profondément touchée.

Nous avons échangé des rires, discuté des moments heureux de sa vie et partagé les silences. Étrangement, chacune de ces visites me faisait le plus grand bien. À son contact, j’avais l’impression de grandir. Un peu plus chaque fois. Jusqu’au jour où j’ai dû me rendre auprès d’elle pour lui faire mes adieux.

Dans cette chambre, au chevet de la belle Joanna, j’ai fait la promesse la plus importante de ma vie. J’ai pris sa frêle et douce main entre les miennes, j’ai plongé mon regard dans le sien et je lui ai promis de tout mettre en œuvre pour qu’un jour, le scénario qui est le sien ne se répète plus.

Je ne peux y arriver seule, bien entendu. C’est la force du ensemble qui y arrivera. Collectivement, nous y arriverons.

Aujourd’hui, en acceptant avec honneur le grand rôle de présidente et directrice générale de la Fondation CHU Sainte-Justine, je salue bien haut la belle Joanna et pense à tous nos enfants qui guideront mes pas, nos pas.

Delphine Brodeur
Présidente et directrice générale
Fondation CHU Sainte-Justine

*Les propos tenus dans cet article n’engagent que la personne signataire et ne doivent pas être considérés comme étant ceux de la Fondation CHU Sainte-Justine.