Depuis presque 2 ans, chères mamans, j’ai le privilège de faire partie de votre parcours de maternité. Je suis infirmière au CHU Sainte-Justine à l’unité des naissances et à celle des grossesses à risque élevé (GARE). À l’occasion de la fête des Mères, je rends hommage à votre force et à l’unicité de vos histoires qui me touchent, chacune à leur façon.

À toi qui t’ennuies de tes enfants et de ton conjoint à la maison durant ton hospitalisation qui s’étire. Et à toi aussi, qui viens accoucher seule, apeurée, mais forte, car la pandémie vous prive de votre gardienne.

À toi qui t’émerveilles des premières gouttes de colostrum que tu es capable d’exprimer pendant que tu es hospitalisée aux soins intermédiaires obstétricaux. Et à ta voisine, attendrie par le premier regard de sa fille née prématurée.

À toi avec qui j’ai fini les deux pieds dans le bain pour te soulager avec des points de pression lorsque tu te sentais paniquée par la douleur.

À toi qui penses « échouer » en optant pour la péridurale. Et à toi qui es déçue d’avoir eu une césarienne après avoir longuement poussé.

À toi qui es restée alitée pendant 120 jours pour sauver ton bébé.

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© Stéphan Ballard

À toi qui ne cesses d’admirer les petits pieds de ton fils.

À toi qui m’as touchée par ta détermination d’accoucher par voie vaginale de tes triplets. Et à toi qui veux vivre un accouchement vaginal après une césarienne.

À toi pour qui ton rêve de grossesse est tourné au cauchemar.

À toi qui ne parles ni le français ni l’anglais et qui cherches le réconfort dans mon regard et mon toucher pour te rappeler que tout va bien aller, que je ne te laisserai pas tomber.

À toi qui ne pensais jamais devenir maman après ta longue bataille contre le cancer. Et à toi qui es passée par la fertilité et qui n’en reviens toujours pas d’être enceinte. Ton rêve se réalise enfin.

À toi qui viens de prendre la décision la plus difficile de ta vie de mettre fin à ta grossesse.

À toi qui es émerveillée d’entendre le cœur de ton bébé tous les matins et qui rigoles lorsque ton bébé joue au chat et à la souris avec moi qui essaie de capter son battement de cœur.

À toi qui accompagnes ton nouveau-né dans ses soins de fin de vie.

À toi qui élèveras ton enfant seule.

À toi qui as déjà perdu plusieurs bébés et qui crains de perdre celui qui grandit en toi.

À toi qui viens d’apprendre une bonne nouvelle et qui pleures de joie et de soulagement. Et à la maman d’à côté qui hurle de douleur et de choc lorsque nous lui apprenons que le cœur de son bébé ne bat plus.

À toi qui me serres le bras si fort et qui me chuchote « ne me lâche pas » pendant ta technique d’épidurale.

À toi qui me dis que tu n’aurais pas pu y arriver sans l’équipe de l’unité des naissances et notre accompagnement.

À toi qui as rigolé quand on a fait jouer la musique du Roi Lion en mettant ton bébé au monde en salle de césarienne.

À toi qui me dis que je suis ton premier contact humain depuis le confinement et que ça te fait du bien de te faire prendre la main.

À toi qui retournes à la maison, sans bébé.

À toi qui as failli perdre la vie en donnant naissance. Je suis encore émue et renversée par ta force de t’être accrochée plus fort que jamais.

À toi qui songes à confier ton bébé en adoption.

À toi qui te débats contre la dépression et qui es tellement reconnaissante de l’accompagnement psychologique et psychiatrique que tu reçois ici via le projet Grande Ourse que la Fondation contribue à financer.

À toi ma meilleure amie qui m’a fait l’honneur d’accueillir ta cocotte en césarienne et qui m’a tant émue.

À toi qui seras « finalement » maman à 43 ans.

À toi qui fais le dur sacrifice de quitter le chevet de ton enfant malade pour être hospitalisée en GARE.

À toi qui fais le deuil de ne plus pouvoir avoir d’enfants après t’être fait enlever l’utérus.

À toi qui veux immortaliser ta grossesse avec une séance de photos improvisée à l’unité GARE, car tu ne peux pas quitter l’hôpital.

À toi qui es heureuse de sortir de ta chambre et de rencontrer d’autres mamans durant les ateliers Ombrelles. Tu es touchée de savoir que le projet est financé par les dons, car ces activités t’aident à traverser l’hospitalisation et tous les imprévus de ta grossesse, celle que tu avais imaginée différemment.

À toi qui as choisi de devenir donatrice mensuelle après ton passage à Sainte-Justine qui t’a fait comprendre toute l’importance des dons. Tu es fière de faire une différence en contribuant à financer les équipements de pointe de l’unité dont ton bébé et toi avez pu bénéficier.

À toi, future maman, qui croisera un jour mon chemin.

À vous toutes, chères mamans. Vous ne cessez de m’impressionner jour après jour. Vous me touchez tant, vous me rendez plus humble et me ramenez les pieds sur Terre. Sans le savoir, vous teintez la maman que je serai moi-même un jour.

Vous faites de moi une meilleure infirmière, une meilleure personne, un meilleur être humain. Vous me rendez fière de ma profession, fière de travailler au CHU Sainte-Justine, fière et privilégiée de voir nos projets en lesquels je crois fondamentalement prendre forme grâce au soutien des donateurs de la Fondation.

Chaque jour, vous me rappelez l’importance de la rigueur scientifique, du travail d’équipe, de la recherche, des simulations cliniques et des dons. Tout cela mis ensemble nous permet, à mes collègues et moi, de vous offrir de meilleurs soins. À vous et à vos bébés.

Vos histoires me suivent jusqu’à la maison et, sachez, que vos sourires, vos pleurs, vos soupirs, vos silences, vos cris, vos grimaces, vos rires me touchent droit au cœur.

Bonne fête des Mères !

Laure-Hélène Bourgouin
Infirmière à l’unité des naissances et à l'unité des grossesses à risque élevé (GARE)

*Les propos tenus dans cet article n’engagent que la personne signataire et ne doivent pas être considérés comme étant ceux de la Fondation CHU Sainte-Justine.