Et si l’un des secrets pour soigner le cœur des enfants se dissimulait dans celui… d’un poisson? C’est la piste prometteuse qu’explore l’équipe de recherche du Pr Rubén Marín Juez. Celle-ci travaille à démystifier la capacité remarquable du poisson-zèbre à régénérer son propre cœur après une blessure, contrairement aux humains, chez qui une cicatrice permanente se forme.
Ni vu ni connu
Un cœur humain affecté par un infarctus, mieux connu sous le nom de « crise cardiaque », ne retrouve jamais tout à fait sa force d’antan. À l’endroit touché, où des cellules privées d’oxygène sont mortes, une sorte de cicatrice se forme. Permanente, elle laisse le cœur un peu plus fragile. Les enfants touchés par certaines maladies cardiaques peuvent aussi avoir un cœur affecté par l’apparition de ce type de cicatrice, appelé « fibrose ».
De la même manière, le poisson‑zèbre fabrique également une fibrose immédiatement après une blessure au cœur, afin de le stabiliser. Chose tout à fait remarquable, cette cicatrice est graduellement remplacée par de nouvelles cellules cardiaques avant de disparaître. Après un processus de guérison d’environ trois mois, le poisson-zèbre retrouve donc un cœur en pleine santé.
Cette caractéristique exceptionnelle pourrait-elle inspirer de nouveaux soins aux humains, chez qui les maladies cardiovasculaires sont la cause première de décès? Pourrait-elle ouvrir la voie à de meilleurs traitements pour les enfants, très nombreux à naître avec une malformation au cœur? C’est le pari du Pr Rubén Marín Juez.
« Le poisson‑zèbre nous offre quelque chose d’unique : un cœur adulte qui se régénère naturellement. Or, les mécanismes qui limitent la fibrose excessive et favorisent la régénération restent mal compris. »

Un équilibre entre cicatrisation et régénération
La plus récente découverte effectuée au laboratoire du Pr Juez met en lumière une protéine essentielle, qui se trouve sur la couche externe du cœur du poisson-zèbre : la Fibuline-2.
Son rôle? Réguler la balance entre la fibrose et la régénération. Pour que le cœur se répare efficacement, le secret ne résiderait donc pas dans l’élimination complète de la cicatrisation, mais dans un équilibre précaire entre ce processus et la régénération. « Manipuler la Fibuline-2 pourrait devenir une nouvelle cible thérapeutique », explique Gülsüm Kayman Kürekçi, qui a réalisé ces récents travaux de recherche au laboratoire du Pr Juez. « Ça permettrait d’augmenter la capacité régénérative du cœur, par exemple, après une crise cardiaque. »
Pour explorer le potentiel thérapeutique de la Fibuline‑2, l’équipe du Pr Juez collabore déjà avec d’autres chercheurs testant des timbres cardiaques qui libèrent cette protéine de façon contrôlée.
Mieux comprendre les malformations cardiaques
La régénération de son cœur n’est pas la seule caractéristique étonnante qui place le poisson-zèbre au centre de l’attention de chercheurs comme le Pr Juez. Cette espèce forme un cœur fonctionnel seulement 24 heures après la fécondation.
Une telle croissance rapide offre aux chercheurs une fenêtre unique sur chaque étape de la formation typique et atypique d’un cœur : « Par exemple, pendant longtemps, les vaisseaux ont été vus comme de simples conduits qui transportent le sang, explique le Pr Juez. En étudiant le poisson-zèbre, nous avons pu démontrer que les vaisseaux orchestrent aussi la croissance du muscle cardiaque dès les premières étapes de la formation du cœur. »
Cette découverte pourrait aider à mieux comprendre l’origine des cardiopathies congénitales – ces malformations du cœur qui se développent en même temps que le fœtus. Un réseau de vaisseaux sanguins qui approvisionne le cœur de façon insuffisante ou désordonnée, et ce, très tôt dans le développement du fœtus, pourrait participer à la création de malformations.
Les recherches se poursuivent pour faire émerger d’autres réponses, mais surtout, pour ouvrir la voie à des approches thérapeutiques personnalisées. Pour que chaque enfant commence sa vie avec un cœur en pleine santé!
1 sur 100
- Un enfant sur 100 est affecté par une cardiopathie congénitale – ce qui en fait la malformation congénitale la plus fréquente.
- Ces malformations demeurent inexpliquées dans une majorité de cas.
- Un enfant sur 4 a une malformation plus sévère, et aura besoin de soins importants ou d’une opération dans la première année de sa vie.



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Dans les dernières décennies, d’importantes avancées en imagerie ont permis de devancer le moment de détecter les malformations cardiaques. Ces progrès, couplés à de nouvelles approches chirurgicales moins invasives, ont fait exploser le taux de survie des enfants touchés par ces malformations. Ils sont plus nombreux que jamais à atteindre l’âge adulte.
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